Disengagement, de Amos Gitai (2007)
Deux mots : Juliette Binoche. Je suis comme envoutée. J'avais entendu parler de Disengagement d'Amos Gitai par la critique qui fait l'éloge de son cinéma. Je me découvre un intérêt soudain et plus que banal pour la question israélienne à travers le cinéma. Il me tarde d'ailleurs de voir le film d'animation Valse avec Bashir (de Ari Folman, 2008). Comme il se doit, j'ai vu ce film par hasard. Je l'ai attrapé au vol alors qu'il me passait sous les yeux. Le plan s'ouvre sur la merveilleuse Barbara Hendricks au chevet d'un homme visiblement décédé. La femme noire est charismatique et produit chez moi un effet de ravissement sans égal : alors j'adhère. Elle chante, bien sure, et tout de suite je lâche prise et me laisse porter par les images et les sons. Puis s'immisce une tête, celle de Juliette Binoche qui joue le personnage d'une femme, d'abord paresseuse et juvénile, qui subira les secousses de la terre sacrée. Gaza abrite la chair de sa chair, la fille qu'elle a abandonnée. Quand elle comprendra l'attachement de son enfant pour cette terre, elle revivra le déracinement. D'abord privé de la langue hébraïque elle vivra le désengagement de Gaza.
La Tache, de Philip Roth
Tout ça a commencé parce que j'ai vu un film. Oui, le septième art a toujours son emprise sur moi. Encore une fois, Nicole Kidman s'est joué de ma sensibilité. Dans le film, elle est Faunia Farley. Sauvage comme la faune. Brute dans le regard et la voix. Une autre femme-animale chargée d'un lourd passé, à qui la vie n'a pas fait de cadeaux. Et puis, l'intellect : Anthony Hopkins dans la peau de Coleman Silk. Ancien et robuste tel un grand arbre, d'ailleurs et d'un autre temps. L'histoire se déroule en Nouvelle-Angleterre dans les Berkshires : cette chaine de montagnes aux riches forêts mixtes, accidentée par ses nervures fluviales. Accusé d'un acte de racisme, ce professeur émérite verra sa carrière entant que doyen à l'Université d'Athena, s'effondrer. Coleman Silk n'est pas du genre à se laisser accabler par l'infortune mais il subira les représailles de ses amis devenus adversaires, jusqu'à démissionner. Silky Silk, champion de boxe invétéré dans sa jeunesse ne pourra livrer se dernier combat contre l'injuste. A 70 ans, il fera la rencontre de Faunia, 34 ans. Inculte et illettrée, elle fait le ménage à l'université. Cette femme torturée par la vie, au regard de chagrin dont les paroles ne sont que violence, incarnera la volupté. La dernière grande histoire d'amour de Coleman. Son élixir de jeunesse éternelle. C'est en Faunia qu'il trouvera la force de se libérer de son secret. Le secret au nom duquel il a tout perdu pour mieux trouver son salut.
Le Film : un secret bien gardé
The Humain Stain, le roman de Philip Roth, fut adapté au cinéma par Nicholas Meyer et réalisé par Robert Benton, en 2003. Les acteurs sont justes, donc excellents quand on parle de Nicole Kidman et Anthony Hopkins. Ed Harris, une fois de plus, offre une performance magistrale dans le rôle de Lester Farley, l'ex-mari violent de Faunia. Cet ancien combattant du Viet-Nam souffrant de syndrome post-traumatique incarne une Amérique marginalisée et méfiante envers l'Etat. C'est un personnage important qui reflète l'état général de paranoia grandissante aux Etats-Unis. Lester Farley est en quelque sorte l'alter égo schizophrène de Coleman Silk, celui qui a réussi en se conformant aux normes sociales jusqu'à effacer toute trace de son histoire et de sa mémoire. J'ai été bouleversée par la trame sonore qui marie avec raffinement les rythmes jazz de Duke Ellington et Irving Berlin aux folies de Gershwin et à la douce nostalgie de Schubert. Pour les amoureux de l'hiver vous fonderez sous le charme des grands sapins et des paysages enneigés, des routes impraticables, d'une maisons au cœur de la forêt, d'un corps de femme à la lueur du feu de cheminée, et de la pêche sur glace bien sure. Le film a été tourné en partie au Québec : à Cowansville, Hudson, Rosemère et Montréal.
Le Livre qui fait tache
Je n'ai pas trop adhéré au style d'écriture de Philip Roth. J'ai subit plus que savouré les passages descriptifs, denses et répétitifs, sortes de dissertations sur la psychologie des personnages. Ennuyeuses et lourdes, elles ralentissent le récit et retardent les moments dramatiques et les dialogues qui sont beaucoup plus parlant sur la profondeur des personnages. J'ai trouvé le courage de lire jusqu'au bout mue par la curiosité et le désir de comparaison avec le film que j'ai beaucoup apprécié.
ROTH P., 2002, La tache, Éditions Gallimard, Paris.
The Human Stain, de Robert Benton (2003).
La sculpture moderne, de Itzhak Goldberg et Françoise Monnin
En exposant l'oeuvre de sculpteurs connus et moins connus, les auteurs nous font découvrir les transformations radicales qui caractérisent la sculpture moderne. Depuis les Ready-Made de Marcel Duchamp, la démarche artistique et le processus de création ont changés. D'une part, le sculpteur travaille avec de nouvelles matières. D'autre part, il doit repenser les rapports avec le volume, l'espace et le corps alors qu'il remet en question la symbolique même de l'œuvre d'art. Puis, lle livre expose aussi les éléments qui ont transformé la relation entre le sculpteur et le public depuis que les lieux de diffusion de l'art ne se limitent plus aux musées et aux galeries d'exposition.
Chapitre I : Les lieux de la culture en France
Même si le musée reste le lieu privilégié qui offre une vision synthétique de l'histoire de la sculpture, le XXe siècle à donné naissance à plusieurs autres lieux d'exposition. D'une part, les musées nationaux et municipaux exposent des collections riches et attrayantes pour les amateurs d'art. Surtout depuis que les sculpteurs se sont mis à léguer leurs ateliers et leurs lieux de création privés à l'État français (par exemple Constantin Brancusi, en 1957). Les musées et les centres peuvent donc consacrer des salles entières, voire la totalité d'un musée, à l'œuvre d'un sculpteur. Il y a par exemple la salle Arp du musée d'art contemporain de Strasbourg, le musée Rodin à Paris, etc. D'autre part, il n'est pas étonnant aujourd'hui de fréquenter des centres d'art, des parcs, voire des espaces urbains consacrés aux grands sculpteurs. Il est en effet possible d'admirer des créations sculpturales sur la pelouse, au bord d'un lac, dans la cour d'un château, dans une ancienne usine réhabilitée, dans les jardins publics, sur les grandes places, etc. On peut citer comme exemples le Jardin du Luxembourg et l'esplanade de la Défense.
Chapitre II : Les frémissements de la modernité
Depuis longtemps l'histoire de l'art et la philosophie infériorisent la sculpture pour mieux vanter les mérites de la peinture qui serait l'art intellectuel par excellence. Elle incarnerait la matière et le mouvement de façon immatérielle. "La forme atteint son essence quand elle se détache de la matière" déclare la philosophie (1). La sculpture, elle, serait moins spirituelle car elle incarnerait simplement la forme par la matière. Cependant, les grands sculpteurs ont su défendre leur art en affirmant que le volume de la masse, l'occupation de l'espace et la lourdeur même qu'on lui reproche intensifient le rapport direct avec le spectateur. En ce sens, plusieurs artistes du XIXe siècle ont contribué au passage de la sculpture vers la modernité. Certains, en proposant une rénovation de l'art et d'autre une rupture plus radicale avec les traditions. C'est en travaillant sur leur inspiration commune, la figure humaine, que tous envisagèrent la sculpture moderne.
Les figures anatomiques inachevées chez Rodin, Maillol et Matisse représentent une nouvelle conception architecturale et segmentaire du corps humain. On se détache du classicisme en remplaçant les formes lisses et pleines par des corps fragmentés, des creux et des surfaces non-polies sur lesquelles on perçoit encore l'empreinte des outils, les accidents et les défauts. On effectue aussi un rapprochement entre la culture occidentale et les arts tribaux d'Afrique et d'Océanie en travaillant de nouvelles matières comme le bois, l'os et le nacre.
Henri Matisse rompt avec la notion de précision anatomique et la vision idéalisée du corps humain (2), deux tendances majeurs du XIXe siècle. Il produit plutôt des formes simplifiées qui se rapprochent de l'abstrait. De façon plus radicale, Edgar Degas avec sa Petite Danseuse de 14 ans, remet en question la sculpture en tant qu'object, conçue comme un seul bloc monolithique. En effet, il utilise différents matériaux en habillant sa danseuse de bronze d'un ruban de soie et d'un tutu en dentelle. La petite danseuse devient non seulement l'ancêtre de "l'assemblage" mais son corps vide d'expression est un affront aux corps fermes et braqués des héros classiques.
A lire...
(1) (2) GOLBERG I., MONNIN F., 2007, La sculpture moderne au Musée national d'art moderne Centre Georges Pompidou, Éditions Scala, Coll. Tableaux choisis.
Taxidermie, de György Pálfi (2006)
Il
faut tout d'abord vous prévenir, ce film est franchement dégueulasse!
Je me demande encore aujourd'hui comment j'ai pu supporter cette ode
perverse à la crasse et aux bas instincts. J'en arrive à me dire que
c'est tout simplement parce que le réalisateur maîtrise avec brio
l'aspect esthétique qui ici ne célèbre absolument pas le beau. En tous
les cas, je ne vais pas vous dévoiler la moindre parcelle de cette
mosaïque visuelle suintante mais j'aimerais partager mon émoi et mon
admiration pour Taxidermie. Serait-ce vous donner un indice que de vous
prévenir : végétariens et prudes s'abstenir! A chaque fois où je me
suis dit que Pálfi n'irait pas plus loin, il l'a fait et jusqu'au bout.
A vrai dire, après Taxidermie je me suis demandée jusqu'à quel point
j'étais prête à satisfaire ma curiosité sur la nature humaine. Vraiment.
L'art du beau
L'art contemporain amène avec lui l'idée qu'une œuvre n'a pas forcément à être belle. Dans son livre formidable L'art contemporain mode d'emploi,
Elisabeth Couturier propose de voir des choses comme jamais auparavant.
Il est possible de voir des formes d'expressions artistiques
différentes et variées pour autant de choses qu'il y ait à exprimer
afin de stimuler l'éveil de la pensée dans un environnement constamment
en interaction avec les êtres humains. Or, si jusqu'au 18ème siècle l'esthétique
se rapportant à l'art désignait le bon goût ou la beauté dans l'oeuvre
, l'aspect philosophique de cette discipline a évolué. Aujourd'hui, la
définition s'élargie pour désigner ce qui est de l'ordre du sensible en
relation avec l'intuition et la vision, par opposition à la raison pure
et dure. Autrement dit, le plus important n'est pas ce que l'on voit
mais les représentations et les sentiments que ces choses provoquent en
nous.
L'art du laid
Commençons
par le début : que signifie taxidermie? Selon le petit Larousse
illustré de 2004, la taxidermie est l'art de préparer, d'empailler et
de monter les animaux vertébrés, en leur conservant l'apparence de la
vie. Dans le film, c'est notre tout dernier antihéros qui s'adonne au
dépouillage, au tannage puis au montage de la peau sur le mannequin.
Tout ceci parait fort délicieux n'est-ce pas? Mais comme je l'ai
suggéré, le film comporte trois histoires dont trois losers sont
les (anti) héros. Taxidermie raconte l'histoire de trois générations à
travers trois hommes en marge de la société. En effet, les personnages
principaux de Pálfi ont en commun qu'ils développent des passions
grotesques et des pulsions interdites qui sont incompatibles à la norme
sociétale. Tous maîtres de leurs vies anormales bien malgré eux, ils
ont tout de même cette trace d'humanité qui nous autorise en tant que
spectateur à nous identifier à eux (malgré nous). Ce poil de
rapprochement entre notre bien-pensance et l'existence obscure de ces
créatures bestiales suffit à provoquer un grand inconfort (et une
irresistible envie de vomir) mais il y a autre chose. Il faut en plus
accepter le voyeur en soi sans craindre de s'immiscer dans l'intimité
absolue, dans l'antre de la bête où tout est permis. Je dirai selement
ceci : "derrière chaque porte fermée il y a la face cachée de la nature
humaine".
La fresque humaine
La
photographie et les prises de vue sont en parfaite symbiose et donnent
à cette œuvre hautement symbolique un rythme surprenant. Je me permet
de comparer la gymnastique de la caméra - qui est synchronisée au
mouvement et au son - au langage "Wes Andersonnien". Mais seulement
mécaniquement car Taxidermie est dépourvu de couleurs vives et de tout
type de représentations associées à l'enfance et au rêve. Ce sont au
contraire les difficultés et les souffrances de la vie adulte qui
teintent ce film. Pèsent aussi l'ambivalence et le dédoublement entre
le sentiment de se sentir entier, de respirer enfin et de savoir qui on
est, tout en acceptant la triste vérité : ce monde n'est pas fait pour
nous. Quand la passion atteint la chair et que la rencontre avec les
instincts libérateurs ne permettent pas d'aller vers l'autre, il reste
dans la bouche le goût amer de la solitude. La vie étrange des
protagonistes témoigne de leur insuccès à se conformer mais ce n'est
pas faute de vouloir exister aux yeux du monde. Chacun cherche
obsessionnellement à atteindre l'état de grâce, à se perfectionner dans
son art pour ne former plus qu'un avec l'univers. Pourraient-ils
seulement consacrer à un être aimé autant d'amour qu'à l'objet de leur
passion? Pour cela il devront prendre garde à ne pas se laisser
asphyxier par la douce folie qui les guète.
Ma famille à Téhéran, de Afsar Sonia Shafie (2006)
Je me revois encore défendre la télévision française... à des Français! Depuis mon arrivé dans ce beau pays, je me réjouis d'avoir accès à un univers télévisuel artistiquement et culturellement riche et varié. Bien sure, j'ai le privilège de pouvoir regarder les chaînes payantes qui se rapportent plutôt à des sujets qui m'intéressent. Et puis, je crois en la possibilité d'avoir un rapport sain avec la télévision. Par exemple, chacun peut prendre l'initiative de choisir les programmes à regarder au lieu de passer beaucoup de temps à zapper ou à se contenter des émissions peu stimulantes intellectuellement. Il est aussi possible d'orienter notre choix vers des chaînes qui représentent, selon nos préférences, une source de divertissement, un moyen d'acquérir des connaissances ainsi qu'une source d'information et de réflexion sur des sujets d'actualité. C'est justement ce que j'ai fait cet après-midi.
ARTE ou la programmation à vocation culturelle
Le chiffre sept m'a porté chance aujourd'hui. Ma télécommande s'est arrêté sur ARTE.
J'aime beaucoup cette chaîne (jadis, La Sept) qui a toujours le don de
me surprendre. D'ailleurs, elle arbore le slogan "Vivons curieux" et
encourage l'intégration culturelle européenne. On peut normalement la
capter en France sur le câble, par l'ADSL ainsi que par voie
analogique, numérique et satellite... sur la 7! Cette chaîne à vocation
culturelle propose des magazines et des émissions sur la culture
générale, l'architecture, l'art contemporain, etc. En matière de
cinéma, on y retrouve plusieurs genres : art-et-essai, international,
historique, culte, classiques contemporains ainsi que des documentaires
de réalisateurs venant des quatre coins du monde. Programmation trop
intello destinée à un public snob? J'entends bien raillerie et reste
une fan fidèle de la chaîne franco-allemande, phénomène unique dans le
paysage audiovisuel mondial. D'ailleurs, je vous en reparlerai.
Journée spéciale Iran
Trente
ans après le renversement du Shah en 1979, ARTE consacre une journée
entière à la culture et à l'histoire contemporaine de l'Iran. Dans le
but de mieux en comprendre l'actualité, les attentes et l'aspect
conflictuel de ses rapports avec l'Occident, la programmation met en
vedette des films, documentaires et reportages sur l'Iran. C'est par
cette occasion que j'ai pu voir Ma famille à Téhéran,
un documentaire de Afsar Sonia Shafie. Témoignage rempli d'émotion de
plusieurs générations de femmes dans la famille de la jeune cinéaste
iranienne. Ayant fait une partie de ses études en Suisse où elle réside
avec son partenaire de vie, elle retourne au pays pour faire la lumière
sur un passé troublant. Comme étouffées par les moeurs sociales et les
conditions difficiles imposées aux femmes, sa grand-mère, sa mère, ses
tantes et sa soeur se livrent aux confidences et se délestent
courageusement du poids des mots et des souvenirs.
Hier et aujourd'hui
Les
yeux humides, Sonia écoute sa grand-mère lui parler de son mariage raté
avec un homme qui ne l'a jamais aimée. Contrairement à ce que l'on
pourrait penser, les hommes aussi souffrent du carcan de la religion et
des traditions sévères et contraignantes. Plusieurs sombrent dans
l'abus d'alcool ou de drogues pour échapper à une vie conjugale qui les
détruit. Se résumant à la violence et aux relations extra-conjugales
pour extérioriser leur détresse, ils voient leurs famille se fracturer.
Cependant, les femmes souffrent doublement de toutes ses afflictions.
Elles sont négligées et se retrouvent seules à élever leurs enfants
dans des conditions financières difficiles. Comme les femmes divorcées
en Iran, la mère de Sonia à connu des périodes d'extrême pauvreté.
Rejetée par ses parents, elle s'est résignée à se remarier afin de
subvenir aux besoins de ses enfants. La grand-mère de Sonia, elle, a du
travailler très dur en tant que femme de ménage pour faire vivre son
mari toxicomane et sans emploi et élever ses six enfants. Aujourd'hui,
ces femmes sont des héroïnes pour leurs filles qui ont eu la chance,
elles, d'avoir accès à l'éducation. En effet, après la révolution de
1979, toutes les écoles et les universités sont devenues islamiques, ce
qui a changé la donne pour les femmes et les familles modestes
iraniennes.
Riche
en émotion, le récit de ces femmes est profondément sincère et empreint
d'humilité. Elles ne s'apitoient pas sur leur sort mais se questionnent
intelligemment sur la condition féminine. Elles ont vu leur monde
changer et observent aujourd'hui une jeunesse constituée de filles
épanouies, instruites et ambitieuse qui recherchent le respect et
l'harmonie familiale. C'est d'ailleurs en questionnant le carcan
religieux que Sonia se dirigera vers des études en philosophie, puis
vers le cinéma. Bien qu'elle soit tombée amoureuse, elle n'a pas
échappée à un mariage qui a compromis son développement personnel et
son projet professionnel. Le divorce à été pour elle comme pour
beaucoup de femmes en Iran, la solution difficile mais nécessaire.
Ce
documentaire sans prétention est aussi une intrusion dans la société
iranienne contemporaine avec ses petits bonheurs. Téhéran est une ville
active qui compte un des plus haut pourcentage de jeunes au monde.
C'est non seulement à travers son oeuvre mais aussi parce qu'elle porte
en elle le dynamisme de cette jeunesse - celle qui a enfin le droit de
rêver - que Sonia réussit haut la main ce projet profondémment humain,
intime et universel.
Dans Paris, de Christophe Honoré (2006)
C'était en fin d'après-midi, j'étais confortablement assise sur mon
canapé et je zappais sans grand intérêt. Je me suis arrêtée sur une
image, le visage de Louis Garrel avec le ciel de Paris en arrière fond.
Pourquoi ne suis-je pas subjuguée par la poésie et beauté de ce sex
symbol qui attire les éloges. A-t-il réellement du talent? Je pose la
télécommande et me laisse prendre au jeu. Le film commence par un
monologue : Louis Garrel face à la caméra. Il nous parle, il me parle.
Son personnage est coupé en deux. Il est à la fois celui de Jonathan,
fils allègre et charmant, d'une grande sensibilité, dont la jeunesse
empreinte de légèreté se passe à effleurer la peau des filles jusque
dans leurs lits et à se balader dans Paris. Mais il incarne aussi
l'ange protecteur, fils et frère aimant, qui plane au dessus de son
humble appartement transformé en foyer familial par la force des
choses. Omniprésent, il veille sur lui. L'appartement, huit clos
surpeuplé où se sont réfugiés son père et son frère, contraste avec les
vastes rues et les grandes places parisiennes. Ainsi se compose le
triptyque du fils consciencieux et spontané qui ère joyeusement en
plein air, du frère dépressif et brisé par un chagrin d'amour et du
père poule bienveillant, à l'instinct maternel, divorcé parce que tout
à fait dépourvu de virilité. Il y a peut-être une intolérance envers
les hommes fragiles selon nos codes sociaux mais il en est autrement au
cinéma?
Agacée par le monologue peu convaincant du début, je me suis nichée peu à peu au coeur de cette famille masculine dont la mater est l'élément trouble. Elle a quitté le foyer et laissé derrière elle des hommes sensibles. Et la mort d'une enfant qui les a quitté trop tôt. Une sœur ou une fille telle l'ombre d'une deuxième présence féminine qui les hantera pour toujours.
Un des plus beaux moments du film fait intrusion dans l'unique chambre où Paul s'est enfermé et pleure sa rupture des journées entières. Il met un disque et fredonne un vieux succès des années 80 dans un anglais très approximatif et à moitié inventé. Pendant un instant il n'est plus l'homme triste et s'égare inconsciemment dans la mécanique du chant. Il est comme distrait par un élément extérieur insignifiant et se détache délicatement de l'accablante réalité le temps de cette chanson. Affalé sur le lit, il porte un vulgaire caleçon qu'il a porté tant de fois. Personne ne le voit mais moi je le voit et me sens presque gênée d'être là.
Puis Guy Marchant joue le rôle du père inquiet qui regarde vivre sa progéniture meurtrie ou frivole. Il prépare avec conviction le bouillon de poule qui guérit les bobos du cœur. Ces garçons sont des hommes mais encore des enfants. Et la mère qui passe à l'improviste et qui se sent étouffée par l'homme rose, la douceur des hommes. Son ex-mari trop mou et trop compréhensif n'a pas su répondre avec virilité à ses ardeurs charnels. Elle ressent une vague d'écœurement à le regarder là, dans la cuisine qui prépare comme une bonne maman son bouillon de poule. Elle sort une seconde fois de sa vie.
Et
Jonathan dans sa course folle retient son frère au bout du fil, lui
lance une bouée de sauvetage. Dans Paris il rencontre de jolies filles
qui partageront ses ébats. Dans leurs lits, il se sent vivant et pense
inconsciemment à son frère qui a perdu le goût de vivre. Comme il
voudrait partager ses vertiges sensoriels avec lui, pour le sauver
enfin.
Jonathan rejoint
Paul pour lui raconter sa journée et lui dire à sa manière qu'il
regrette le temps où ils étaient enfants. Le temps où Paul ouvrait un
livre d'histoire et lui faisait la lecture. Le réalisateur a d'ailleurs
écrit plusieurs livres jeunesse...
J'ai
été très touchée par la matérialisation de la solidarité filiale dans
ce film. Les personnages semblent partager dans leurs rapports et dans
leur intimité des émotions associées au caractère féminin. On pourrait dire en quelque sorte que l'anima
(la part féminine de l'homme, selon Carl Jung) permet ici de retrouver
un équilibre familial. Paul, Jonathan et leur père diffusent un halo de tendresse masculine rarement vue au cinéma. Je
crois que vous l'aviez deviné mais je me suis laissée émouvoir par la
complicité entre les acteurs, par un souffle artistique contemporain et
par des scènes touchantes et épurées.
Zodiac, de David Fincher (2007)
Déjà, on ne retrouve pas les éléments qui ont fait la popularité de Fight Club, Se7en, Panic Room et The Game : beaucoup d'action, des scènes de crime sanglantes, des cadavres mutilés et exhibés, une intrigue qui tient en haleine, une critique sociale, intensité du huis-clos, etc.
Ici, Fincher raconte une histoire vraie avec un maximum d'autheticité. Il ne met pas l'emphase sur les meurtres du fameux tueur en série mais sur l'impact que ce phénomène social a eu sur les personnes directement ou indirectement impliquées et sur la terreur sociale (contact particulier avec les journalistes, l'usure des policiers sur l'affaire au fil du temps, la dérive d'un survivant, la peur des parents suite aux menaces du tueur, le sensationnalisme à la radio, les messages cryptés publiés dans les journaux, fascination d'un citoyen pour cette enquête, etc.).
Cette enquête qui s'étire sur plusieurs années prend une ampleur particulière à l'époque sur le plan médiatique et juridictionnel (le tueur commet ses crimes dans des zones frontalières pour semer la confusion entre différentes unités policières locales). C'est un film ambitieux selon moi parce qu'il réussit à la perfection à traiter des dommages collatéraux d'une enquête policière et que le contexte social des années 60/70 n'est pas purement esthétique ou latent. Il est intégré méticuleusement dans l'histoire (difficulté à partager l'information chez les autorités policières sans les méthodes technologiques couramment utilisés aujourd'hui comme la télécopie et le courrier électronique. C'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle le meurtrier est insaisissable).
Il est intéressant aussi de savoir que Fincher vivait à San Fransisco à l'époque alors qu'il n'était encore qu'un enfant. Il n'a pas échappé au sentiment de terreur qui s'est répandue dans la région. C'est une histoire racontée comme elle a été vécue, de l'intérieur. Travail énorme sur les détails. Impressionnant travail de recherche. J'ai vraiment beaucoup aimé.
Control, de Anton Corbijn (2007)
Anton Corbijn est avant tout reconnu pour ses fameuses photos en noir
et blanc et son projet autour de l'univers photographique et
cinématographique du groupe U2. Je ne croix pas en son potentiel en
tant que réalisateur bien que Control soit un beau film sur la vie et
la mort de Ian Curtis, chanteur du groupe Joy Division. Ce biopic à des
allures de feuilleton télé sans approfondissement des personnages. Ce
qui enrobe le film c'est la musique et les performances scéniques
intenses et jouées à la perfection, dans la peau du célèbre chanteur.
Certains plans (magnifiques d'ailleurs) inspirent étrangement la
photographie. Mais, tout de même un film ordinaire sur un groupe
extraordinaire!
A scanner darkly, de Richard Linklater (2006)
Les graphiques sont innovateurs et le résultat est envoutant. J'aime
bien la dimension politique et sociale des films de Richard Linklater.
Le regard qu'il porte sur le monde contemporain correspond assez à ma
vision des choses. Le film qui débute de façon intriguante laisse place
à quelques lenteurs. Dans un de ses précédents films, Before Sunset,
Linklater maîtrise bien le dialogue réaliste et banal entre ses
personnages principaux. Ici, il échoue en voulant créer des
conversations banales entre des personnanges marginaux. Sont passés
maître dans l'art d'écrire des dialogues cool pour alimenter des scènes
de vie banales entre des personnages hors de l'ordinaire Tarantino
(jadis) ainsi que Jerry Seinfeld et son partenaire Larry David
(Sseinfeld, The Office). Pas Linklater.
Flashdance, de Adrian Lyne (1983)
Pourquoi mon copain a-t-il horreur de ce film? C'est un film de fille,
avec de la musique datée et de la danse classique! Moi, je suis une
fille. Je suis née en 1979 et dans les années 80 j'étais une fillette
qui a vu ce film des millions de fois les yeux rivée sur le petit écran
en sautillant sur ses petites jambes. J'aime danser et j'adore Le Lac
des Cygnes! Vive Flashdance!





